La Cour suprême décide de ne pas révéler le rôle d’Israël dans le génocide bosniaque

Ecrit par John Brown et traduit par Nadia Sghaier Saada
Invoquant des dommages potentiels pour les relations extérieures d’Israël, la Cour suprême rejette une requête demandant de révéler les détails des exportations d’armes du gouvernement israélien à l’armée serbe pendant le génocide bosniaque.
Le mois dernier, la Cour suprême israélienne a rejeté une pétition pour la divulgation d’informations détaillées sur les exportations de la défense israélienne vers l’ex-Yougoslavie pendant le génocide en Bosnie dans les années 90. Le tribunal a jugé que le fait de révéler l’implication d’Israël dans le génocide nuirait aux relations extérieures du pays au point de peser lourd contre l’intérêt du public supérieur à celui de connaître ces informations et de

Fosses communes pour musulmans en Bosnie
poursuivre en justice les personnes impliquées.
Les requérants, l’avocat Itay Mack et le professeur Yair Oron, ont présenté au tribunal des preuves concrètes des exportations israéliennes de défense vers les forces serbes à l’époque, notamment en leur fournissant des entraînements ainsi que des munitions et des fusils. Ils ont par ailleurs présenté le journal personnel du général Ratko Mladić, actuellement jugé par la Cour internationale de justice pour crimes de guerre, crimes contre l’Humanité et génocide. Le journal de Mladić mentionne explicitement les nombreux transferts d’armes que la Serbie

Ratko Mladić,
entretenait avec Israël à l’époque.
Les exportations ont eu lieu longtemps après que le Conseil de Sécurité des Nations Unies a imposé un embargo sur les armes à destination de différentes parties de l’ex-Yougoslavie et après la publication d’une série de témoignages dénonçant le génocide et la création de camps de concentration.
La réponse du procureur de l’État israélien et le rejet de la requête par le tribunal constituent un aveu de facto de sa part qu’Israël a coopéré au génocide bosniaque: si le gouvernement n’avait rien à cacher, les documents en question ne constitueraient aucune menace pour les relations extérieures.

Les actes de cruauté les plus horribles depuis l’Holocauste

Entre 1991 et 1995, l’ex-Yougoslavie s’est effondrée, passant d’une République multinationale à des nations fragmentées de se livrant une guerre civile sanglante comprenant des massacres et pour finir, un génocide.
Les Serbes ont mené la guerre contre la Croatie de 1991 à 1992 et contre la Bosnie de 1992 à 1995. Au cours des deux guerres, les serbes ont commis un génocide et un nettoyage ethnique des musulmans dans les zones qu’ils occupaient, entraînant la mort de 250 000 personnes. Des dizaines de milliers d’autres ont été blessées et affamées, une multitude de femmes ont été violées et de nombreuses personnes ont été incarcérées dans des camps de concentration. D’autres parties au conflit ont également commis des crimes de guerre, mais la Pétition porte sur la collaboration d’Israël avec les forces serbes. Les actes horriblement cruels commis en Yougoslavie sont les pires que l’Europe ait connus depuis l’Holocauste.
L’un des massacres les plus notoires a été perpétré par des soldats du général serbe Ratko Mladić autour de la ville de Srebrenica en juillet 1995. Les forces serbes commandées par le général ont assassiné environ 8 000 Bosniaques et les ont enterrés dans des fosses communes au cours d’une campagne de nettoyage ethnique. qu’ils menaient contre les Musulmans dans la région. Bien que la ville était censée être sous la protection de l’ONU, au début du massacre, les troupes de l’ONU ne sont pas intervenues. Mladić a été extradé devant la Cour Internationale de Justice de La Haye en 2012 et son procès est toujours

Camps de Concentration pour musulmans en Bosnie
en cours.
À cette époque, d’éminentes organisations juives appelaient à la fin immédiate du génocide et à la fermeture des camps de la mort. Mais pas Israel. Sur le plan extérieur, il a condamné le massacre mais, dans les coulisses, il fournissait des armes aux génocidaires et entraînait leurs troupes.
L’avocat Mack et le professeur Oron ont recueilli de nombreux témoignages sur la fourniture d’armes israéliennes à la Serbie, qu’ils ont présentés dans leur pétition. Ils ont apporté la preuve que de telles exportations avaient lieu longtemps après l’entrée en vigueur de l’embargo du Conseil de sécurité des Nations Unies en septembre 1991. Les témoignages ont été vérifiés et sont apportés ici tels qu’ils ont été présentés dans la pétition, avec les abréviations nécessaires.
En 1992, un ancien haut responsable du Ministère de la Défense serbe a publié un livre sur L’armée serbe, dans lequel elle parlait de l’accord sur les armes entre Israël et la Serbie, signé environ un mois après l’embargo: ” L’un des plus importants accords a été passé à Octobre 1991. Pour des raisons évidentes, l’accord avec les juifs n’a pas été rendu public à l’époque. “
Un Israélien qui s’était porté volontaire dans une Organisation Humanitaire en Bosnie à l’époque , a déclaré qu’en 1994 , un officier de l’ONU lui avait demandé d’examiner les restes d’un obus de 120 mm – écrit en hébreu – qui avait explosé sur la piste d’atterrissage de l’aéroport de Sarajevo. Il a également déclaré avoir vu des serbes se déplacer en Bosnie avec des armes Uzi fabriquées en Israël.
En 1995, il a été signalé que des trafiquants d’armes israéliens, en collaboration avec les Français, avaient conclu un accord pour fournir à la Serbie des missiles LAW. Selon des rapports de 1992, une délégation du Ministère de la Défense israélien serait venue à Belgrade et aurait signé un accord prévoyant la fourniture d’obus.
Le même général Mladić, qui fait actuellement l’objet de poursuites pour crimes de guerre et génocide, a écrit dans son journal que ” Qu’en Israël – ils ont proposé une lutte commune contre les musulmans . Ils ont proposé de former nos hommes en Grèce et de fournir gratuitement des fusils de tireur d’élite. ” . Un rapport préparé à la demande du Gouvernement néerlandais sur l’enquête sur les événements de Srebrenica contient les

8000 corps de musulmans découverts dans une fosse commune à Srebrenica
informations suivantes:
Invoquant des dommages potentiels pour les relations extérieures d’Israël, la Cour suprême rejette une requête demandant de révéler les détails des exportations d’armes du gouvernement israélien à l’armée serbe pendant le génocide bosniaque.
En 1995, il a été signalé que des vendeurs d’armes israéliens avaient fourni des armes à la VRS, l’armée de la Republika Srpska, l’Armée des Serbes en Bosnie. Cette offre doit avoir été faite avec la connaissance du Gouvernement israélien.
Les Serbes n’étaient pas le seul parti dans cette guerre à laquelle les marchands d’armes israéliens ont tenté de vendre des armes. Selon certaines informations, il y aurait eu également une tentative de conclusion d’un accord avec le régime antisémite croate, qui a finalement échoué. La pétition présentait également des rapports d’activistes des Droits de l’Homme selon lesquels des Israéliens formaient l’armée serbe et que l’accord de vente d’armes aux serbes permettait aux juifs bosniaques de quitter Sarajevo, qui était en état de siège.
Alors que tout cela se passait dans un pseudo secret , au niveau public, le Gouvernement israélien a exprimé ses réticences quant à l’urgente gravité de la situation, comme s’il s’agissait d’un simple cas de force majeure et non d’un carnage perpétré par l’homme. En juillet 1994, le président du Comité des relations extérieures et de la défense de la Knesset, M. Ori Or, s’est rendu à Belgrade et a déclaré: “Notre mémoire est encore vive. Nous savons ce que signifie vivre avec des boycotts. Toutes les résolutions de l’ONU contre nous ont été prises à la majorité des deux tiers. ” Cette année-là, le Vice-Président américain de l’époque, Al Gore, avait convoqué l’ambassadeur israélien et avait recommandé à Israël de renoncer à cette coopération avec les serbes.
Par ailleurs, en 2013, Israël n’a eu aucune difficulté à extrader en Bosnie-Herzégovine un citoyen qui avait immigré en Israël sept ans plus tôt et était recherché pour suspicion d’implication dans un massacre en Bosnie en 1995. En d’autres termes,Israel a tacitement reconnu la gravité de la question.

La Cour suprême au service des crimes de guerre

La séance de la Cour Suprême sur la réponse en question à la pétition s’est tenue ex parte, c’est-à-dire que les pétitionnaires n’ont pas été autorisés à l’entendre. Les juges Danziger, Mazouz et Fogelman ont rejeté la requête et accepté la position de l’État israélien selon laquelle la divulgation des détails des exportations israéliennes de Défense par la Serbie pendant le génocide porterait atteinte aux relations extérieures et à la sécurité d’Israël, et que ces dommages éventuels vont au-delà de l’intérêt du public.
Cette décision est dangereuse pour plusieurs raisons :
-Premièrement, l’acceptation par la cour avec cet état de certitude quant à l’ampleur des dommages causés aux relations extérieures d’Israël laisse perplexe.Récemment,cette année, la même Cour Suprême avait rejeté une demande similaire concernant les exportations de Défense israélienne pendant le génocide rwandais. Pourtant, un mois plus tard, l’État israélien lui-même a déclaré que ses exportations d’armes avaient été interrompues six jours après le début des tueries. Si même l’État israélien ne voit pas d’inconvénient à révéler – au moins partiellement – ces informations sur le Rwanda, pourquoi alors , un large bâillon a-t-il été imposé au sujet un mois auparavant ? Pourquoi les juges de la Cour suprême ont-ils négligé cette tromperie, refusant même de l’accepter comme preuve comme le demandaient les requérants? Après tout, Israel a manifestement exagéré dans sa déclaration selon laquelle cette information serait préjudiciable aux relations extérieures.
-Deuxièmement, il est dans l’intérêt du public de dénoncer l’implication du Gouvernement israélien dans le génocide, notamment par le biais de trafiquants d’armes, en particulier en tant qu’État fondé sur la dévastation de son peuple par l’Holocauste. C’est pour cette raison qu’Israël, par exemple, était disposé à faire fi de la souveraineté de l’Argentine lorsqu’il a enlevé Eichmann et l’a poursuivi en justice sur son propre sol. C’est dans l’intérêt non seulement des israéliens, mais aussi de ceux qui ont été victimes de l’Holocauste. Lorsque le tribunal statue sur les crimes de guerre, il convient aussi de prendre en compte aussi bien leurs propres intérêts.
Lorsque le tribunal décide, dans les affaires de génocide, que l’atteinte à la sécurité de l’État – qui n’a toujours pas été prouvée – prime sur la recherche de la justice pour les victimes de tels crimes, il envoie un message clair: le droit de l’État à la sécurité, réelle ou imaginaire, est absolue et a préséance sur les droits de ses citoyens et des autres.
La décision de la Cour Suprême alors , pourrait indiquer que plus le crime est grave, plus il est facile à dissimuler. Plus grand est le nombre d’armes vendues et plus le nombre d’auteurs du génocide sont entraînés , plus les dommages causés aux relations extérieures et à la sécurité de l’État seraient importants, et plus le fardeau de ces dommages présumés l’emporterait nécessairement sur l’intérêt public. C’est inacceptable. Cela transforme les juges – comme le disent les pétitionnaires – en complices. Les juges rendent donc un public israélien involontairement complice de crimes de guerre et lui dénient le droit démocratique de mener une discussion pertinente.
L’État fait face à une série de demandes similaires concernant sa collaboration avec les meurtriers de la junte argentine, le régime de Pinochet au Chili et le Sri Lanka. L’avocat Mack a l’intention de présenter d’autres affaires d’ici la fin de l’année. Même s’il est dans l’intérêt de l’État de rejeter ces requêtes, la Cour suprême doit cesser d’aider à dissimuler ces crimes – Si ce n’est pas pour poursuivre les auteurs d’atrocités passées, tout au moins,elle réagirait pour les faire cesser à notre époque.
* John Brown est le pseudonyme d’un universitaire israélien et d’un blogueur.
Je (Nadia Sghaier Saada) signale qu’un certain Hannibal Genseric qui a un blog Numidia Liberum vole littéralement mes traductions et celles des autres pour les publier à son nom sur son blog. Je vous prie monsieur de ne plus pratiquer ce genre de vols des efforts d’autrui et d’imposture.

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