LES MUSULMANS ONT VAINCU “L’ ÉTAT ISLAMIQUE” , ISRAËL EST LE GRAND PERDANT

Par Philip Giraldi ,traduit par Nadia Sghaier Saada

Victoire de Bukamal

La plupart des observateurs seraient d’accord pour dire que les États-Unis ont contribué directement ou indirectement à la création de la plupart des groupes terroristes internationaux qui font l’actualité depuis trente ans. Le récit de la façon dont Oussama Ben Laden et ce qui allait devenir Al-Qaïda ont initialement été soutenus par les États-Unis, le Pakistan et l’Arabie Saoudite pour chasser l’Armée rouge d’Afghanistan est bien connu. Washington l’a fait sans se soucier des agendas plus larges, y compris le retrait des États-Unis du Moyen-Orient et le changement de régime des États arabes laïques et religieux existants dans la région.

Lorsque les américains avaient soutenu les saints guerriers Moujahidines , ils avaient réussi au-delà de leurs rêves et étaient parvenus à forcer les soviétiques à se retirer; en 1998-1999, un régime faible soutenu par Moscou, Mohammad Najibullah, resta au pouvoir pour être vaincu en 1992 par les talibans, composante des groupes islamistes qui étaient soutenus par les États-Unis et leurs partenaires. Les talibans ont rapidement démontré qu’ils ne voulaient pas non plus être des outils d’Islamabad ou de Washington et ont finalement fourni à Al-Qaïda et à Ben Laden un foyer, le casus belli qui a mené à l’attaque américaine après le 11 septembre.

S’en suivit l’occupation américaine de l’Irak , sur la base d’un prétexte similaire, à savoir que Saddam Hussein était lié à des terroristes et préparait des armes de destruction massive qui menaçaient les États-Unis. Le démantèlement délibéré des mécanismes du gouvernement irakien et l’effondrement de sa société civile entraînant un sectarisme extrême ont conduit de nombreux irakiens sunnites à rejoindre le prochain groupe terroriste émergeant, l’Etat islamique (EI), également appelé Etat islamique en Irak et en Syrie (ISIS) ou Daesh. L’EI était aussi sûrement le produit de la tactique interventionniste américaine en Irak que l’étaient Al-Qaïda et les talibans plus tôt en Afghanistan.

Le recours à l’ EI était en grande partie dû à sa reconstruction en un Etat territorial, qu’il a pris le nom de nouveau califat. Il est maintenant confronté à la défaite finale dans ses dernières enclaves en Irak et en Syrie. Bientôt, ce ne sera plus qu’un sombre souvenir dans ces deux pays, un héritage de villes en ruine, d’exécutions de masse, de vandalisme culturel et de torture.

On ne sait pas si le leader de l’Etat islamique, Abu Bakr al-Baghdadi, est toujours en vie, mais ce groupe, qui s’est montré particulièrement astucieux dans sa gestion de la propagande générée par internet, vivra certainement à travers des sites radicaux et dans une certaine mesure à travers ses supporters qui regagneront leur pays d’origine pour commettre des actes terroristes. Il y a aussi des lieux en Afrique et en Asie où l’EI continuera à avoir une présence physique sur le terrain, y compris le Sinaï et la Libye. Mais, d’une manière générale, le groupe cessera d’exister, même si l’on peut anticiper qu’il y ait des organisations candidates à la succession qui bénéficieront de l’exemple de l’EI et qui suivront un modèle similaire pour attirer des recrues.

Ce qui a changé, cependant, c’est la manière dont l’EI a été vaincu. Les États-Unis ont contribué à la création d’Al-Qaïda et des Taliban et ont ensuite joué un rôle majeur en essayant de les détruire après qu’ils aient cessé d’être utiles. Washington a effectivement joué un rôle dans la lutte contre l’EI mais indirectement en soutenant d’autres comme l’armée irakienne ou les milices kurdes et il n’a pas été sérieusement impliqué en raison des appréhensions américaines concernat les interventions précédentes et des demandes incompatibles pour un changement de régime à Damas. L’EI fut donc vaincu par une coalition d’États musulmans soutenus par une puissance aérienne et maritime russe limitée mais efficace, et non par un arrangement concocté par les États-Unis. Maintenant, les États-Unis, qui ont perdu le peu d’influence qu’ils ont eu à participer à la table ronde pour parvenir à un règlement définitif de la crise syrienne, cherchent désespérément à rester pertinents en laissant leurs troupes dans la région et en intervenant à travers des substituts.

Mais le grand perdant dans la défaite de l’EI sera probablement Israël. Le gouvernement Netanyahu, dont la stratégie globale consiste à affaiblir tous ses voisins en les fragmentant selon des critères sectaires et tribaux, a aidé les combattants de l’EI et d’Al-Qaïda en Syrie contre le gouvernement légitime de ce pays et a attaqué à plusieurs reprises les forces syriennes. Il soutient activement le séparatisme kurde en Irak tout en exhortant les Etats-Unis à attaquer l’Iran et collabore maintenant avec l’Arabie Saoudite pour utiliser la force militaire et économique pour contraindre le gouvernement libanais à retirer le bras politique du Hezbollah du gouvernement du pays et à désarmer ce groupe. Cela a créé un croissant de gouvernements aguerris, allant de la mer Caspienne à la Méditerranée – la Libye, la Syrie, l’Irak et l’Iran – qui ont maintenant de bonnes raisons de détester les israéliens et leur ingérence dans la région.

Il serait excessif de suggérer que les quatre gouvernements en question agiront à l’unisson contre Israël parce que chacun a des intérêts nationaux particuliers qui dirigeront ses politiques, mais ils ne feront certainement aucun effort pour s’adapter à Israël ou aux États-Unis. Les quatre nations sont unies par l’expérience de leur guerre contre l’EI, par leurs populations largement chiites, et par leur appréciation de l’effort iranien qui a grandement contribué à leurs succès sur le champ de bataille.

Une fois de plus, les États-Unis sont intervenus dans un conflit au Moyen-Orient qui n’avait rien à voir avec leurs affaires et pour lequel aucun intérêt véritable n’était en cause. Et dans les coulisses, Israël encourageait l’agitation pour ses propres interêts. Washington peut à nouveau s’éloigner du gâchis qu’il a créé, mais le fera-t-il? Les commentaires récents du secrétaire à la Défense James Mattis et de Nikki Haley aux États-Unis selon lesquels les États-Unis garderaient leurs troupes en Syrie et “se battraient pour la justice” suggéreraient que les adultes ont de nouveau quitté la salle. Mais un jour, les États-Unis auront soit un ré-examen de leurs objectifs, soit une pénurie de main-d’œuvre et d’argent, et ils s’en iront. Israël devra rester seul et se retrouver dans un voisinage vraiment hostile.

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