L’ÉTRANGE VILLAGE

Ecrit par Nadia Sghaier Saada

  Cette nouvelle, je l’ai écrite il y a quelques années,quand il y a eu la grippe aviaire. Ma sœur et moi plaisantions -accrochées au téléphone- de la grippe aviaire…Et je me rappelle qu’elle m’avait dit pour rire, que les autorités cachaient aux public que la grippe aviaire faisait pousser des plumes vertes dans les parties intimes. Nous sommes parties dans des délires insensées, nourris je dois dire par ma re-re-re-relecture du bel ouvrage du Prix Nobel de littérature  Gabriel Garcia Marquez “Cent Ans De Solitude”…Comme j’écris souvent des nouvelles sans jamais les publier,j’ai décidé ce soir d’offrir et de dédier à  ma sœur Saloua Sghaier,cette nouvelle qui s’inspire de “Macondo” ,le village de “Cent ans de solitude” mais avec des personnages plus “gonflés” et plus loufoques ,qui baignent dans l’absurde.

L’ÉTRANGE VILLAGE

Nadia Sghaier Saada

Chacun d’entre nous vient d’une lointaine contrée…Nous sommes tous venus nous rassembler dans cet étrange village,poussé par une force impérieuse à laquelle nous n’avions pu résister…

J’ai cessé depuis des siècles ,de compter depuis combien, de temps,j’habite ce village.Tout ce dont je me souviens c’est que je m’y suis installé en L’An 1583 après des jours d’errance dans la forêt maléfique .Je crois que je n’ai plus d’âge , comme la plus part des gens ici .

Certains disent que c’est notre eau qui est miraculeuse .D’autres pensent que ne pas vieillir , ne pas mourir, est tout simplement une malédiction parce que les gens de “Ghalba” notre village ont toujours bravé tous les interdits divins .

Du haut de ma terrasse , je contemple notre village au milieu d’on ne sais ou .Cerné par cette forêt dense,  un labyrinthe dru, et infranchissable qui nous condamne à être prisonniers d’ ici et isolés de toutes parts.Personne n’arrive plus chez nous et personne n’a jamais pu sortir du labyrinthe végétal.Ceux qui ont tenté ,ont erré des années durant et se sont retrouvés de nouveau ici,après des épreuves qui les ont rendus complètement fous.Personne d’ailleurs, ne tente plus de se mesurer à la forêt…

Notre préfet Mr “Ralala” ,un joueur invétéré, qui dilapide au jeu, tous les dons et impôts des villageois, a beau faire brûler des hectares de forêt , le lendemain les arbres repoussent plus vigoureux,  et plus feuillus que jamais.Ils sont comme nous ,ces arbres…Immortels.

Chaque année amenait son lot de joies et de peines .Mais chez nous , tout prenait des propensions sordides…Personne ne s’étonne plus de rien ici, depuis bien des lustres.

Je me souviens si peu de la raison qui m’a menée par là…Un grand chagrin sans doute,des visages aux traits effacés que ma mémoire n’arrive plus à  bien dessiner…Alors je fantasme les traits,jusqu’à ce qu’ils soient noyés avec les souvenirs récents et qu’il finissent par s’effriter dans les dédales et les placards poussiéreux et centenaires de mon cerveau …Il ne reste qu’une sourde douleur qui remonte de mes tripes,le soir quand je veux me coucher…Une douleur persistante qui me tourmente et qui n’a jamais voulu dire son nom …Je m’y attache à cette souffrance comme à une bouée…Cela me permet de ne pas sombrer dans l’ambiance décadente et fantasque de ce village maudit.

Bonichon,l’imam de notre village qui était aussi curé et rabbin selon les jours de la semaine et de la religion  , qui tentait de prêcher tous les vendredis,les samedis et les dimanches se retrouvait seul sur les lieux de prière.Pourtant il avait rendu licite toutes les choses illicites ,dans le vain espoir d’attirer  et de sauver des âmes.Il en a perdu la sienne… Et les villageois ont profité de ses permissions pour ne plus jamais culpabiliser…Leurs consciences ont en été totalement perverties.

Les villageois boudaient la religion et ne voulaient reconnaître aucun culte.Alors Bonichon prêche dans le marché entre les caisses de légumes et la boutique du poissonnier,le seul endroit que le préfet ” Ralala” lui ait consenti.

Quelques mois plus tôt, une curieuse maladie avait frappé des hommes de “Ghalba”,notre village .Des cornes avaient poussé sur leurs tempes,de belles cornes toutes noires,dont les pointes luisaient au soleil…Notre  médecin du village,le Docteur “Verol”  a affirmé qu’il n’avait encore jamais vu ça.

Ce bon vieux docteur qui n’était jamais dans son boui-boui qui lui tenait lieu de cabinet, dormait parmi les plants de pavots de son champ d’opium qu’il cultivait lui même,la pipe d’opium bien serrée entre ses dents. Son cerveau était si ravagé qu’il mélangeait tout…Mais a-t-on vraiment besoin de lui par ici ? Personne n’est jamais tombé malade,personne n’est jamais mort depuis que j’habite ce village.Et il n’y avait aucun remède connu selon le Dr Verol,pour faire disparaître les cornes…

Bonichon,qui n’en ratait pas une a dit du haut de son cageot pourri lors du prêche du dimanche,que cornu voulait dire cocu…Oui mais ça ,tout le monde le savait déjà…Bonichon n’a pas inventé l’eau chaude…Les rares badauds hésitants autour de lui s’apprêtaient à partir quand le curé avait commencé à lancer un appel aux hommes de “Ghalba” en les exhortant à bien tenir leurs filles et leurs femmes .Il les appelait à craindre davantage le châtiment divin car sa colère s’était abattue sur notre communauté…Dieu nous avait emprisonné pour une durée indéterminée dans ce village ,mais personne ne voulait l’admettre.

Cette année là , il est vrai a été particulièrement mouvementée.Il a neigé sur les palmiers pendant plus de six mois,nuits et jours…Nous étions noyés sous la neige.Tous les jours et toutes les nuits les villageois se relayaient pour évacuer la neige.Les toits s’effondraient,rien ne poussait plus…Les villageois étaient exsangues,squelettiques ,mais n’arrivaient toujours pas à mourir.Le soir ,les gens toussaient,pleuraient,gémissaient…

Un soir , le ciel s’était couvert d’énormes nuâges noirs et menaçants  .Des éclairs rougeoyants déchiraient le ciel.La neige s’arrêta de tomber d’un seul coup et les villageois sortirent de leurs maisons, ravis…Quand une pluie de foudre s’abattit sur eux…Il plût de la foudre ce soir là .Toute la neige a fondu sous les éclairs…Un torrent de boue avait parcouru toutes les rues et ruelles pour disparaître mystérieusement.

Le lendemain de la pluie de foudre , que ne fut notre stupeur quand nous avions découvert que des champignons géants avaient poussé un peu partout dans notre village.Non seulement ces champignons  étaient grands comme des arbres, mais il étaient aussi gras et charnus.Leur couleur caramel et vert sapin les rendaient beaux.Ils dégageaient une belle odeur de musc et de thé.

Le Docteur “Verol”, fût sommé par le chef de police” Sertout” de faire des prélèvements afin de les analyser . Mais “Ilopif” , la boulangère en avait déjà consommé en en faisant une petite soupe .Elle disait : “De toutes les façons ,je n’en mourrais pas “…Certainement…Mais depuis elle grince de partout quand elle bouge.Au moindre mouvement tout son corps émet les sons d’un  chariot  rouillé…

Mais il semblait que la pluie de foudre n’eut pas que des inconvénients .Les vignobles devinrent magnifiques.Les raisins étaient aussi gros que des pêches et  aussi sucrés que le miel.Le vin cette année là fût exceptionnel.

Seul Bonichon était mécontent.Il prêchait dans les rues , dans les cafés , visitait les familles .Il essayait vainement de faire suspendre la fête du vin .Et comme chaque année, ses tentatives étaient vouées à l’échec.Il a beau raconté que le vin était le pipi de satan , que les vignes de cette année étaient viciées par la pluie de foudre…nul ne l’écoutait .

Les tables des banquets fût dressées dans la grande place du village , sous les champignons géants.Chacun avait préparé des plats,des pâtisseries et avait amené un tonneau du crû de son vignoble .La musique battait son plein, le vin était excellent et euphorisant .Les villageois burent plus que de raison de ce vin de vignes foudroyées.Les femmes bientôt enivrées perdirent toute retenue et les hommes éméchés se laissèrent aller .Il se passa des choses inavouables ce soir là sur la grande place . Le pipi de satan , saupoudré de foudre maudite eut un effet dévastateur.

Ce soir là , les femmes et les hommes frappés de la grippe aviaire,un virus qui touche normalement les volatiles, se virent pousser des plumes  sous leurs aisselles et dans les parties intimes de leur corps.Seule “Khayba” avait gardé ses poils .Les méchantes langues disaient qu’elle était si laide…

Neufs mois plus tard , les enfants nés des amours illicites de la nuit du pipi de satan avait des plumes vertes sur tout le corps…

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s